Justifications didactiques et pédagogiques pour l'activité lutte
Les remarques concernant la lutte comme activité de combat de préhension sont toujours valables. A cette fin, il est nécessaire de proposer une situation de référence (test) où les élèves seront amenés à combattre debout en toute sécurité avec un règlement adapté et simplifié. Le tombé est toujours une action survalorisée par rapport à toute autre cotation sans toutefois arrêter définitivement le combat. On cherche ainsi à obtenir des conduites de maintien de contrôle jusqu'au sol des élèves, assurant une liaison debout-sol efficace ou du moins permettant d'envisager l'enchaînement d'une prise avec une finale.
Nous ne proposons pas forcément un 2ème test par rapport à la gestion des déséquilibres liés à la chute du couple de lutteur. Pour un 2ème cycle de 10 heures, nous refaisons passer éventuellement le Permis de chuter de niveau 1 ou proposons selon la vitesse d'apprentissage un permis de chute plus complexe avec une projection par enroulement avant (bras intérieur+ passage dessous à genoux = bras à la volée à genoux) pour remplacer le décalage en rotation avec contrôle bras tête. On fait vivre ainsi une chute par enroulement avant sans saisie initiale de la tête du chuteur. Ainsi ce dernier doit avoir un contrôle postural de son corps plus complexe et construire des repères sur une chute sans conserver d'appuis au sol sur l'avant. Enfin on offre également une forme d'attaque supplémentaire au répertoire moteur des élèves de ce niveau.
Pour répondre aux divers choix didactiques, pédagogiques et aux exigences institutionnelles nous envisageons le test avec les conditions suivantes :
Notez que nous conservons par rapport au niveau 1 les propositions relatives à:
• la règle d'or,
• la surface,
• la conservation de la saisie et du contact proche pour coter les actions,
• la constitution des poules,
• la cotation des points en score parlant en terme de 100, 10 et 1 point (passage arrière et sortie de zone),
• le gain de bonus ou malus en rapport avec sa poule initiale et finale,
• le minimum de 2 chances d'évaluations données aux élèves en fin de cycle (2 leçons) pour prendre en compte les différences de niveaux entre les poules,
• l'exploitation du goal average entre les scores des lutteurs pour assurer la fiabilité des résultats,
• la feuille de poule est conservée à ce niveau de pratique afin que les élèves consolident et approfondissent les acquis du cycle précédent sur les rôles sociaux. On gagne également du temps sur l'enseignement en ré-exploitant ces quelques principes qui deviennent ainsi des routines ou habitudes d'organisation des combats et de fonctionnement en cours,
• les rôles d'arbitre, secrétaire/juge sont conservés, mais ils assument en plus durant les pauses le rôle de coach pour un des combattants,
• Le système d'avertissement.
La situation de combat debout est en 5 manches de 30'' et 2 pauses de 30'' toutes les minutes
Le test de compétence est alors un combat d'une durée de 3'30 afin de permettre aux élèves d'avoir suffisamment de temps (2'30 effectif) pour réaliser une somme d'actions conséquentes et ne pas entamer leur capital énergétique pour les autres combats. L'alternance des combats et de la responsabilité des rôles sociaux permet une récupération active des élèves. Ces 3'30 sont composées de différentes phases : 2x 30'' de combat+ 30''de pause + 2x30''combat+ 30'' de pause + 30'' de combat. Il n'y a pas d'arrêt du chrono sur les arrêts durant le combat (sortie, tombé, avertissement, passivité etc....).
Le choix du contrôle initial pendant 30'' pour un des lutteurs et ensuite pour l'autre se justifie pour différentes raisons. C'est l'occasion pour les élèves de mobiliser les connaissances, capacités et attitudes apprises durant le cycle dans des contextes différents à bon escient et de faire la preuve de leurs acquisitions. Cela permet d'assurer durant le cycle la transition entre la lutte debout en coopération avec un contrôle initial vers la lutte debout en opposition totale sans contrôle initial. On s'assure ainsi de préserver l'intégrité physique de l'élève en construisant progressivement les solutions motrices suffisantes pour contrôler ses actions dans un contexte de combat sans aménagement debout. En effet, la capacité à prendre un contrôle constitue une complexité supplémentaire dans le combat, dont nous libérons l'apprenant au début du cycle. De plus on permet aux élèves de se placer dans un contexte connu de chute. Les élèves maîtrisent ainsi la réception et le contrôle de la chute la plus délicate à partir de ce contrôle.
Notez également qu'en tant qu'attaquant, ils connaissent tous une prise dans ce contexte et se heurtent inévitablement à une réaction défensive d'esquive ou parade qui les amènent à trouver une autre solution répondant à ce nouveau contexte. Ainsi les premiers enchaînements d'actions émergent à partir d'un contrôle. Ce contrôle doit être repris durant toute la période de 30'' à chaque arrêt de combat (sortie, action dangereuse, tombé ou autres) pour assurer la sécurité des lutteurs.
Les points marqués durant la première phase sans conseil sont notés avec des 1 sur la feuille de match dans les cases correspondant à la valeur des actions (cf niveau 1). Les points marqués durant la 2ème phase, après avoir été conseillé par un camarade suite à une observation sont notifiés par un 2 et enfin les points marqués lors de la dernière phase sont notés par un 3 suite à une deuxième phase de conseil de 30''.
L'évolution du score entre 1, 2 et 3 permet aux élèves de valider ou invalider les stratégies globales déterminées ensemble.
Les élèves passent dans les différents rôles de lutteur, arbitre, secrétaire et coach durant l'ensemble des combats. Ils sont évalués 2 fois lors des 2 dernières leçons afin de donner 2 chances aux élèves en régulant leur comportement d'une séance à l'autre par rapport aux critères énoncés ci après.
Afin de construire un projet d'action cohérent et d'aider les élèves à déterminer une stratégie commune lors des 2 pauses de 30'', il faut permettre d'orienter l'observation du conseiller sur les opportunités données par l'adversaire exploitables pour prendre des contrôles et réaliser des prises acquises durant le cycle à partir de différents contrôles. L'enseignant doit faire le listing avant les combats des prises apprises pour chaque contrôle et les associer à leurs contextes de réalisation.
C'est à partir d'un algorithme que ces principes tactiques sont proposés aux élèves sous cette forme
« Dans ... (le contexte initial), si ....alors... »
Les élèves secrétaires distingueront les actions debout et au sol sur la feuille de match afin d'avoir un retour sur la variété des actions debout et au sol en entourant les actions cotées qui sont réalisées sur un adversaire au sol (= adversaire au sol = lutteur qui a 1 appui autre que les pieds : une main, un genou etc...). Les points entourés révèlent les actions sur un adversaire au sol et les points non entourés les actions sur un adversaire debout.
Les élèves à partir du listing des connaissances acquises pendant le cycle vont pouvoir observer l'adversaire de leur camarade pour aider à déterminer une stratégie. Un choix de nouveau contrôle ou forme de corps en fonction de ce qu'ils observent sur la 1ère phase. Le choix d'une tactique pour prendre un contrôle et d'une action offensive adaptée plus globale. La richesse des solutions et des observations du camarade dépend de la quantité d'apprentissage à partir de contrôles différents des prises au cours du cycle. Les effets de leurs conseils sont directement mesurables d'une phase de combat à l'autre. En effet si le score obtenu en comptabilisant le nombre de 1 est inférieur à celui du score obtenu en comptabilisant les points notés 2 c'est que les choix effectués par le couple lutteur/coach et adoptés par le lutteur ont été efficaces.
De même si on constate un progrès entre les nombres de 1, 2 puis 3, c'est que les choix de stratégie globale de recherche de contrôle ont été efficaces. Nous reprenons la proposition critèriée d'arbitrage Coach (Cf proposition de tableau niveau 1).
Le niveau 2 de compétence en lutte exige que les élèves aient intégré les connaissances capacités attitudes vis-à-vis des rôles d'arbitre coach de niveau Arbitre Coach d'Argent.
A ce niveau nous avons constaté que l'on obtient peu de tombé de part la complexité de la liaison debout/sol surtout suite à une attaque de jambe, c'est donc essentiellement le nombre de 10 points qui sera révélateur de l'acquisition des connaissances, capacités, attitudes, à exploiter des opportunités pour réaliser des formes d'attaque debout et au sol (variété). En effet le contexte de déséquilibre étant provoqué par la règle des sorties zone entre autre et la valorisation des actions offensives du score parlant qui amène les lutteurs à être actifs et se découvrir d'autre part, toute action cotée 10 points sera significative de l'exploitation d'une opportunité en tenant un contrôle maîtrisé pour exécuter une forme de corps amenant en danger l'adversaire debout ou au sol (points entourés), en attaque et en défense (contre ou riposte).
On propose des projections basses où l'attaquant passe à genoux durant l'exécution de la prise pour limiter la hauteur de chute pour le projeté sans conservation de repères par rapport au sol, et pour faciliter le maintien du contrôle pour le projeteur.
Les combats sont limités au temps mais pas au point comme pour le niveau 1 afin de distinguer la progression en nombre de points marqués sur les différentes phases et noter les prises qui sont réalisées debout et au sol lors du combat. En effet le risque serait qu'un élève marque 250 points dès la première minute. On ne pourrait alors juger du passage obligé à « Observer, conseiller un camarade en combat pour élaborer une stratégie d'attaque » (seul des 1 seraient notés sur les feuilles) et surtout constater quantitativement le passage obligé « Varier ses contrôles et formes de corps pour renverser son adversaire debout et au sol » (on ne laisse pas assez de temps pour marquer des points debout et au sol). Toutefois afin d'établir des barèmes de performance en fonction du nombre de points marqués par combat et ainsi valoriser des actions offensives d'élèves qui perdraient tous leurs combats, nous n'attribuerons qu'un maximum de 250 points par combat.
Le barème proposé sera moins difficile que pour le niveau 1 car les actions en combat sont plus difficiles. Nous constatons qu'il y'a moins de tombé de part la liaison debout sol complexe et la recherche des contrôles debout.
A l'issue de toutes ces justifications nous déterminons 3 grands rôles dans lesquels vont s'exprimer les élèves lors d'un cycle de lutte pour atteindre la compétence de niveau 2 :
« Le combattant opportuniste », « le lutteur variateur », « l'Arbitre/Coach »

