Justifications didactiques et pédagogiques pour l'activité
La lutte est un sport de combat de préhension. Deux individus s'affrontent dans un duel de combat et de préhension réglementé sur le corps de l'adversaire dans un espace limité, dont l'objectif est de plaquer le dos de l'adversaire sur le tapis : le tombé. Cette finalité est centrale et dirige les intentions du combattant qui conditionnent les actions à mettre en place pour gagner. C'est à partir de cet objectif que les acquisitions et les contenus vont être organisés par l'enseignant tout au long du cycle. La forme scolaire de pratique proposée aux élèves doit répondre à des constantes : réaliser un combat tout en assurant l'intégrité physique et psychique des élèves, les amener progressivement à lutter debout, ceci dans le but de leur faire « vivre une expérience d'affrontement» de lutteur, sous une forme adaptée et sécurisée.
A cette fin, il est nécessaire de proposer une situation de référence (test) où les élèves seront amenés à combattre à mi-hauteur (pour au moins un lutteur) en toute sécurité avec un règlement adapté et simplifié. Le tombé sera une action survalorisée par rapport à toute autre cotation sans toutefois arrêter définitivement le combat.
De même la gestion des déséquilibres liées à la chute du couple de lutteur, nous amène à envisager une autre épreuve permettant de placer les élèves dans des conditions optimales de maîtrise avant tout psychologique (sentiment de compétence) de la chute et ses risques en combat debout. Nous proposons le passage d'un « permis de chuter » qui constitue une étape à l'accès à la lutte debout. Sous une forme de démonstration de techniques en décalage au 1er niveau (donc en coopération), ce 2ème test assure une transition dans les apprentissages de la lutte debout avant d'envisager progressivement l'opposition debout avec de plus en plus d'incertitude au niveau 2.
Pour répondre aux divers choix didactiques, pédagogiques et aux exigences institutionnelles nous envisageons les 2 tests avec les conditions suivantes :
Pour La situation de combat à mi-hauteur :
Nous conservons la règle d'or : « ne pas faire mal » et « ne pas avoir mal ». C'est d'ailleurs la première des règles à donner immédiatement qui justifie toutes les règles de sécurité et comportement sécuritaire à adopter quelque soit les situations que l'on propose au cours du cycle. Si il y a impossibilité de crier sa douleur, il faut taper au sol ou sur son adversaire pour signaler et arrêter l'action. Les actions dangereuses doivent identifiées par l'arbitre.
Les élèves évoluent sur une surface ronde de combat au diamètre évoluant avec le niveau, l'âge et la hauteur de la lutte utilisée (sol, mi-hauteur, debout). On permet ainsi de rester dans le cercle malgré des actions offensives ou défensives de plus en plus amples. De même on augmente les écarts entre les surfaces de combat pour limiter le risque de contact entre des lutteurs des autres zones lors des sorties (surface de protection). La zone est ronde pour respecter la dimension culturelle des diverses luttes, en effet le cercle symbolise les spectateurs entourant des combattants et formant naturellement une ronde autour d'eux. Notez que le cercle favorise des déplacements latéraux et replacements spécifiques pouvant être exploités comme opportunité ou moyen d'action en combat. Enfin Il n'y a pas de stratégie de coin en lutte contrairement à la boxe.
Toutes les actions pour être cotées doivent être contrôlées jusqu'au sol = garder une saisie et un contact total avec l'adversaire. On assure le maintien du contrôle de l'adversaire par la construction de relais d'appuis dans le combat debout, mais à mi-hauteur, le déséquilibre et le temps de chute sont plus courts et facilitent le maintien par le projeteur du contact et des saisies jusqu'au sol. Les élèves apprennent ainsi les premiers contrôles.
Le combat dure entre 2min et 2min 30 sans arrêt de temps sur les arrêts de combat (sortie, tombé, avertissement, passivité....) afin de permettre aux élèves d'avoir suffisamment de temps pour réaliser une somme d'actions conséquentes et ne pas entamer leur capital énergétique pour les autres combats. L'alternance des combats et de la responsabilité des rôles sociaux permet une récupération active des élèves.
Les élèves sont placés en début de cycle par poule de poids mixte en 6ème 5ème si le gabarit le permet on sépare les filles des garçons en cas d'écart de force, mais également pour préserver la sécurité affective des élèves face à leur nouveau rapport au corps au moment de l'adolescence et les conséquences qui peuvent parasiter leur pratique dans de bonnes conditions de la lutte.
En fin de cycle les poules sont modifiées par le jeu de montante descendante ou défi (par exemple) afin d'augmenter ou diminuer le rapport de force des élèves pour que la force et le poids ne soient plus les seuls moteurs de la réussite en combat. On limite toutefois les montées et descentes des élèves pour ne pas qu'ils se croisent dans une même poule ayant un écart de poids allant du simple au double. A partir de leur place dans les poules lors des leçons d'évaluation, on attribue des bonus et malus en fonction du nombre de poule auquel l'élève accède en plus ou en moins par rapport au début du cycle. Exemple: un élève part de la poule 1 (léger) et accède en fin de cycle à la poule 3, il partira avec un bonus de +2 sur sa note sur 20.
Nous proposons un système de points (100, 10, 1 points) qui assure un« score parlant »* (« *Stéphane Bellard, « Évaluation, quand le quantitatif révèle le qualitatif », in Revue EPS, n° 321, 2006 »
) permettant d'avoir un retour direct sur le volume pratique et les réussites de chaque élève pour l'enseignant et pour l'élève. On donne aux élèves des indicateurs efficaces pour favoriser des évaluations formatrices de leurs prestations sur les connaissances, capacités et attitudes principales à faire intégrer aux élèves pour maîtriser cette compétence attendue de niveau 1 en lutte. Ce système de point respecte l'essence et la logique interne de la pratique sociale de référence : la lutte libre tout en s'adaptant aux ressources des élèves (énergétiques, biomécaniques, affectives et informationnelles). Cette cotation organise l'action des élèves et attenue les effets de la victoire et la défaite trop rapide. En effet un tombé lors d'un combat en lutte UNSS et fédérale arrête le combat, ici il continue).
Le nombre de 10 points est révélateur :
- des connaissances : «Les principes d'action-réaction simples sur le corps de l'autre», «Les sens favorables des déséquilibres pour réaliser des retournements et des décalages», «La différence entre une saisie et un contrôle», « Des contrôles et leurs combinaisons simples », « Les principes d'efficacité liés aux actions fondamentales permettant le renversement de l'adversaire (formes de corps) en retournement au sol et en décalage sur contrôle 2 jambes ».
- des capacités : « Réduire la distance d'affrontement pour agir efficacement sur le corps de l'adversaire», « Réaliser des contrôles simples sur le corps de l'adversaire au sol ou debout », « Peser et fixer les appuis de l'adversaire pour le retourner au sol ... », « Combiner des forces pour réaliser un retournement au sol ou un décalage debout », « Au sol réaliser des retournements dans l'axe longitudinal de l'adversaire »**.
- des attitudes : « Adopter une attitude combative et de fair-play lors des combats », « Maîtriser ses émotions et actions liées à la confrontation ».
Le nombre de 100 points est révélateur :
- des connaissances : « Les principes d'efficacité pour maintenir son adversaire sur le dos en position de tombé ».
- des capacités : « Contrôler et maintenir son adversaire sur le dos pour le tombé », « Réaliser des contrôles simples sur le corps de l'adversaire au sol ou debout »** (« ** Fiche d'accompagnement programme EPS 2009 »
)
- des attitudes : « Accepter le contact proche avec son adversaire ».
Le score parlant libère l'attention du professeur pendant son évaluation par rapport aux aspects moteurs des élèves en action. On lui permet d'avoir un rapport qualitatif sur l'évolution de chaque élève par rapport à la compétence attendue de niveau 1 à toutes les leçons. L'enseignant peut se concentrer sur l'évaluation des tâches liées à l'arbitrage en observant l'attitude des arbitres et secrétaires en situation de combat.
Des combats en nombre de points limités (ex : 250 points) ou au temps en situation de référence permet d'établir des barèmes de performance en fonction de nombre de points marqués par combat et ainsi valoriser des actions offensives d'élèves qui perdraient tous leurs combats. Cela permet également d'établir des indicateurs de maîtrise de mobilisation des connaissances de capacités et d'attitudes contre des adversaires différents en fonction du type de points marqués. En effet un élève ayant marqué 456 points aurait réalisé 4 tombés donc 4 finales ou immobilisations sur le dos contre au moins 2 adversaires différents puisqu'il ne peut marquer que 200 points (2X100pts) contre un même adversaire.
Enfin le fait de limiter le nombre de point s'inscrit dans la logique des victoires par supériorité technique obtenue en combat. Un élève qui subirait un trop gros écart de points pourrait se retrouver de nouveau dans une situation de dévalorisation (perte d'estime de soi).
On attribue des points pour les victoires selon le nombre de lutteurs par poule (cf proposition de barème) afin d'inciter les élèves à rechercher le gain du combat comme le précise la compétence attendue et limiter la complaisance entre 2 lutteurs
Toutefois il est possible de valoriser la somme des goals averages de tous les combats effectués par un élève. On évite ainsi les tentatives de biais évaluatifs d'un élève qui laisserait marquer des points à son adversaire pour lui assurer une bonne note. Notez que ce comportement d'élève est peu fréquent dans les petites classes.
Cette évaluation en combat ne prend pas alors le temps d'une leçon puisqu'elle peut se faire à chaque fin de séance (20 à 30 minutes).
On donne au minimum 2 chances aux élèves en fin de cycles (2 leçons) pour prendre en compte les différences de niveaux entre les poules (de rapport de force engendré) qui peuvent changer les scores de fin de leçon d'une séance à une autre. On prendra alors la meilleure des 2 notes obtenues sur 2 séances par un élève. Cela permettra en plus de vérifier l'accès à la compétence attendue avec des adversaires différents. La variété des contextes d'opposition entérine la stabilité des réponses des élèves et la mobilisation des connaissances, capacités et d'attitudes visées pour la compétence attendue en lutte de niveau 1.
Le passage arrière =1pt est une action spécifique en lutte qui permet de marquer des points sans avoir mis son adversaire en danger. Elle engendre des conduites de défense. Elle assure des placements et déplacements intéressants pour garantir un combat plus souple et sécuritaire. Elle offre des possibilités offensives supplémentaires permettant d'obtenir une lutte active.
L'introduction de la sortie de surface de combat = 1pt suit l'évolution du règlement FILA actuel ( en 2004) afin d'encourager une lutte active sans fuite. Elle favorise également une lutte en réaction permettant d'exploiter des opportunités (utilisation de la force de l'autre ou de ses actions offensives sur tirer ou pousser (Niveau 2 compétence programme). Enfin le contexte d'action-réaction en tirade ou poussée (forces horizontales) qu'elle provoque, engendre des chutes lancées moins traumatiques que les chutes plaquées. Toutefois au dessus du Niveau 2 de compétence, il est préférable de supprimer cette règle afin de solliciter la création d'opportunité par les élèves eux même.
Nous introduisons un système de sanctions en cas de fautes ou de gestes interdits. On donne au adversaire 1 point pour un 1er avertissement, 10 points pour un 2ème, 100 pour un 3ème et match gagné pour un 4ème. On reste dans une logique fédérale et scolaire favorisant une lutte en toute sécurité garante de l'intégrité physique et psychologique des élèves. Toutes les actions dangereuses et prises interdites sont sanctionnées. Les gestes de violence ou d'irrespect sont d'un autre ordre.
la lutte à mi-hauteur, avec un genou au sol au moins obligatoire, limite les déplacements ( Ec moins grande) et la hauteur de chute du couple ( CG très bas (donc énergie potentiel (Ep=Mgh) très basse) tant que les élèves n'ont pas construit les repères nécessaires au savoir faire chuter et faire chuter sans risque. Une sécurité affective par rapport à la chute des élèves permet de construire le savoir faire chuter en opposition réelle. Elle permet d'aborder des contrôles que l'on utilisera debout, des retournements au sol et des décalages sur contrôles 2 jambes ( CF maitrises en lutte). En autorisant à un élève à se lever en fin de cycle durant le combat, on assure la transition entre lutte à mi-hauteur et la lutte debout en permettant aux élèves d'aborder des prises sur contrôle 2 jambes . Attention!! cette possibilité fait suite à l'apprentissage aux chutes arrières et latérales sur contrôle 2 jambes sur le jeu du Crocodile par exemple. Elle assure que les élèves conservent des appuis au sol en tant que chuteur et prennent des informations proprioceptives de la position de leurs corps par rapport au sol durant la chute. On a ainsi des adaptations aux ressources affectives ,biomécaniques et informationnelles des élèves de ce niveau, ainsi qu'aux exigences de la compétence de niveau 1 des programmes.
Les élèves passent dans les différents rôles de lutteur, arbitre, secrétaire durant l'ensemble des combats. Ils sont évalués 2 fois lors des 2 dernières leçons afin de donner 2 chances aux élèves en régulant leur comportement d'une séance à l'autre par rapport aux critères énoncés ci après.
Pour la situation de permis de chuter en coopération :
L'obtention d'un permis de faire « chuter ou faire chuter sans risque » pour lutter debout répond quelque peu aux anciens commentaires proposés dans les programmes collège 1996. On vérifie ainsi suite à un apprentissage de différentes façons de faire chuter et chuter sans risque. La preuve de cette acquisition va se faire progressivement en jouant sur la complexité des tâches pour le chuteur et le projeteur*** (« ***Vincent Rusquet , « Des fiches ressources pour enseigner la lutte « , revue EPS N°338 ,2009. »
). En commençant par une situation de démonstration technique à partir de contrôles variés et de chutes sur l'avant le côté et l'arrière où l'incertitude temporelle, spatiale ou évènementielle va être modulée. Le passage du combat à mi hauteur à debout est conditionné par l'obtention de ce permis. Les élèves se sentent plus confiants et sont normalement plus habiles.
L'obtention du permis de chuter et faire chuter sans risque est pour nous un préalable obligatoire pour lutter debout. Au même titre de savoir assurer un camarade en moulinette en escalade pour qu'il puisse grimper en toute sécurité ou de savoir nager pour pratiquer des sports nautiques ou subaquatiques. C'est pourquoi il me semble indispensable que tous les élèves maîtrisent cette capacité et les connaissances, attitudes qu'elle mobilise en fin de cursus en tant qu'habileté sécuritaire, mais qu'elle ne soit pas forcément évaluée. De plus la maîtrise de cette capacité ne peut être garantie que si elle est vérifiée en opposition réelle.
Nous pensons que le fait de valider et d'officialiser l'acquisition de cette capacité en opposition modulée renforce le sentiment de compétence des élèves par rapport aux risques et à leurs maîtrises dans leurs pratiques avec leurs camarades. Il donne surtout des repères sensoriels et moteurs suffisants (connaissances) pour assurer à l'élève de maîtriser ses émotions et ses gestes (attitudes) dans des mêmes classes de situations de chute et de projection. Nous orientons notre observation et celle des élèves quelques soient les formes de chutes apprises sur les critères suivants : la conservation du contact, la position de la tête de celui qui chute (menton collée) et le maintien du contrôle jusqu'au sol pour celui qui fait chuter.
A partir de l'obtention de ce permis notre démarche, pour les leçons qui vont suivre ou le cycle suivant, sera de repartir de situation de combat avec contrôle imposé où les élèves maîtrisent déjà une chute et un décalage jusqu'au sol. On n'augmentera pas le pouvoir d'action du défenseur pour amener l'attaquant à réaliser d'autres prises.
Exemple : à partir du contrôle jambe/taille les élèves connaissent le barrage intérieur (unijambiste) en identifiant l'opportunité de le faire lorsque la jambe du défenseur est près. Ils devront intégrer le décalage latéral lorsque le défenseur éloigne sa jambe. Peu à peu les élèves vont s'adapter à une complexification du combat en trouvant des solutions adaptées sans prendre de risque pendant la chute (ici arrière). Lorsqu'ils auront appris à prendre et conserver le contrôle sur ces situations les élèves pourront lutter sans saisie initiale debout en combat. Nous garantissons ainsi une maîtrise des actions et la disparition des gestes parasites.
Nous faisons donc le choix d'aborder des contrôles et formes de corps au sol en opposition totale et des contrôles et formes de corps en décalage debout en coopération ou opposition imposée.
Ces 3 critères garantissent pour les combattants une attitude et des comportements adaptés efficaces et sécuritaires aux chutes avants latérales et arrières. En effet, le menton collé et la saisie de l'attaquant garantissent des enroulements vertébraux et enlèvent les gestes parasites en tant que chuteur. Le maintien de la saisie et le contact continu durant la chute du projeteur, assurent d'éviter les doubles contacts du sol et du corps de l'attaquant pendant la chute sur le chuteur (source de douleur).
Le permis de chuter et faire chuter sans risque place l'ensemble des élèves dans le rôle de juge, observateur et conseiller lors du passage de l'épreuve. A partir des critères de réussite simples proposés ci-dessus les élèves peuvent valider ou non la réalisation des prises de leurs camarades. On dévolue le pouvoir de l'évaluation aux élèves. Les élèves peuvent même conseiller sur la réalisation des prises ratées en informant sur les critères ratés et en tentant d'interpréter la raison de l'échec.
A l'issue de toutes ces justifications nous déterminons 3 grands rôles dans lesquels vont s'exprimer les élèves lors d'un cycle de lutte pour atteindre la compétence de niveau 1 :
« Le lutteur combattant au sol », « l'arbitre/secrétaire/juge » et « le lutteur debout en sécurité »


